Edwy Plenel de Médiapart : « Abdoulaye Bah pour moi, c’était l’avenir de la Guinée.»

« Il  n’y a rien de pire, que des morts soudaines comme celle-là. On ne s’y est pas préparé, on ne s’y est pas attendu, il faut tout de suite vivre avec le deuil sans l’avoir imaginé. »

Abdoulaye Bah, désormais ancien journaliste  du site d’informations www.guineenews.org, est décédé le lundi 18 juin 2018 après avoir été fauché, dans la nuit du samedi 16 au dimanche 18 juin 2018, par un chauffeur en état d’ivresse dans la commune de Matoto en banlieue de la capitale Conakry, alors qu’il couvrait  un  évènement nocturne, aux environs de 04 heures du matin. L’ancien chef bureau adjoint du premier portail d’information de la Guinée âgé d’une quarantaine d’années  a été inhumé dans sa ville natale de Dinguiraye, le vendredi 22 juin 2018.

Depuis sa brutale  disparition, alors même qu’il fut l’un des portes flambeaux du journalisme de ces dernières années en Guinée, les témoignages émouvants sur l’homme, son humanisme et son professionnalisme  ne tarissent pas. En prenant part au deuxième sommet des Africtivistes qui s’est tenu les 22 et 23 juin 2018 dans le pays des Hommes intègres, le Burkina Fasso, j’ai rencontré le célèbre journaliste et fondateur du pure player Mediapart français , Edwy Plenel qui  avait pris part à la célébration  des 20 ans de www.guineenews.org au mois d’octobre 2017  dont  feu Abdoulaye Bah avait eu l’opportunité d’interviewer.

Une mort brutale, soudaine, stupide et terrible

« Quand j’ai vu sur Twitter la nouvelle, se souvient-t-il, puisque depuis mon passage en Guinée, je suis plusieurs comptes guinéens, j’ai vu l’annonce de cette mort à la fois brutale, soudaine, stupide, terrible, j’ai été vraiment ému. Parce qu’Abdoulaye Bah que j’ai rencontré en fait le jour où je suis arrivé en Guinée, il a fait une grande interview pour www.guineenews.com  . J’étais là pour les 20 ans de www.guineenews.com  Pour saluer cette aventure pionnière du journalisme dans la transition démocratique grâce à la révolution digitale. »  S’est-il  rappelé  à sa  prise  de  parole. Et « sur twitter, Mediapart et moi-même avons présenté toutes nos condoléances à sa famille, à ses proches et à toute l’équipe de www.guineenews.com « 

 Il savait quelle question précise, il allait poser 

Il estime qu’au-delà de l’entretien, leur conversation avait été formidable : «  Il y avait chez lui, une immense vitalité, quelles que soient les difficultés, un immense optimisme quels que  soient les obstacles, une immense intelligence, il avait travaillé l’interview. Il savait quelle question précise, il allait poser. Il avait tout révisé. Il n’avait pas de questions en l’air général, j’avais tout de suite l’impression d’être sur un terrain connu. » Salue l’homme qui a  plus de 40 ans dans le rétroviseur en journalisme.

Abdoulaye Bah, une belle personne

« Vous savez, déclare-t-il,  il y a des coups de foudre d’amitié. J’ai senti chez lui, une immense générosité. Une belle personne (…) j’aime beaucoup cette expression. Voilà,  Abdoulaye c’était une belle personne. Et de d’ajouter que  pour la jeunesse de Guinée, pour le journalisme en Guinée, pour la démocratie en Guinée, cette belle personne fauchée alors qu’elle était tant prometteuse, il faut le prendre comme une tristesse.  Mais, insiste-t-il,  il faut se dire aussi qu’il faut être à son image. Il faut conquérir, il faut se battre, il faut travailler, il faut avoir cet enthousiasme qui peut renverser toutes les montagnes.  Pour moi, dans le peu de temps que je l’ai rencontré, je pensais qu’on aurait pleines d’autres occasions pour se voir dans l’amitié qui nous lie maintenant avec www.guineenews.com  . Abdoulaye [Bah] pour moi, c’était l’avenir de la Guinée. »

Des soins qui ne peuvent pas être  prodigués assez vite

L’auteur de « La valeur de l’information » n’a pas manqué de fustiger la dilapidation des deniers publics qui empêcheraient les guinéens de bénéficier des services sociaux de base : « De ce que j’ai compris en plus de cet accident terrible provoqué  au fond par des situations de mauvaise gouvernance. Une cérémonie officielle, un conducteur alcoolisé, des soins qui ne peuvent pas être  prodigués assez vite. La Guinée est un pays riche, la Guinée est un pays qui a plein de richesses. Vraiment de mon séjour rapide en Guinée, je m’étais dit, vraiment on a là encore un exemple des mauvaises gouvernances, des détournements de richesses, qui font que le pays n’a pas les services publics qu’il doit avoir. Il n’a pas les écoles qu’il doit avoir, il n’a pas les routes qu’il doit avoir, il n’a pas les hôpitaux qu’il doit avoir, il n’a pas la sécurité qu’il doit avoir. » A-t-il fustigé.

Cependant, il invite les journalistes à s’intéresser au sujet : « Je pense qu’Abdoulaye, en tant que journaliste, s’il avait traité lui-même un événement comme celui-là où l’un de ses collègues aurait perdu la vie, il aurait dit ce que je viens de dire. Il aurait essayé d’aller au-delà de la tristesse, au-delà de la douleur pour en tirer des enseignements. Pour dire que voilà les questions qu’a posé ce fait divers car c’est un accident et derrière ce fait divers, il y a des questions d’intérêt général, des questions publiques. »

Salut Abdoulaye et je pense à toi

Et de s’interroger : « Comment faire, pour que la richesse d’un pays profite à tous ? Comment faire à ce qu’elle profite à tout ce qui est de l’intérêt public ? À tout ce qui peut faire qu’un pays puisse avoir une bonne santé, une bonne école, une bonne circulation. C’est toutes ces questions que j’aurais envie de transmettre. Encore une fois, toute ma solidarité, toute ma fraternité à toutes celles et à tous ceux que cette mort concerne. Salut Abdoulaye et je pense à toi ici, aujourd’hui dans ce pays, le Burkina.»

Sally Bilaly Sow

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