Journée mondiale de la liberté de la presse : attention aux célébrations pompeuses

ENTRÉE DE LA MAISON DE LA PRESSE DE CONAKRY, crédit photo : DR

Suivant les recommandions de la vingt-sixième session de la Conférence générale de l’UNESCO de 1991, l’Assemblée générale des Nations-Unies qui s’est tenue en 1993 a proclamé le 03 mai de chaque année comme étant la « journée mondiale de la liberté de la presse ». Cette journée permettra donc de « sensibiliser sur l’importance de la liberté de la presse et rappeler aux gouvernements leur obligation de respecter et de faire respecter le droit de la liberté d’expression consacré par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. »

Une liberté de la presse bâillonnée

La République de Guinée où nous comptons, selon Mohamed Condé, Secrétaire général du ministère de la Communication, près de 500 titres de journaux autorisés dont 20 « seulement » qui paraissent, 80 radios qui ont des agréments dont 30 qui fonctionnent normalement et des centaines de sites d’informations, je peux sans doute affirmer que la libéralisation des ondes acquise en 2006 sous l’ère du feu président général Lansana Conté est en passe de devenir une réalité. Je dis bien LA LIBÉRALISATION des ondes, même si plusieurs médias attendent « infiniment et vainement la délivrance de leur  agrément bloqué injustement dans les rouages du système.»

Le dernier rapport de l’ONG Reporters sans frontières qui classe la Guinée 104e sur 180 pays en matière de liberté de la presse ne doit pas nous laisser indifférents. Il est révélateur de plusieurs atteintes à la liberté de la presse enregistrées ces dernières années au pays dirigé par Alpha Condé. Je ne peux lister toutes les bévues et bavures… Je vous recommande vivement la lecture de cet article.

Au-delà des fantasmes, faisons une introspection

Quand on parle de cette journée, il n’y a pas que les fâcheux agissements que nous devons mettre sur la place publique. Au-delà des discours, les hommes de médias devraient faire une cuisine interne sur leurs conditions de vie et de travail. Le constat n’est pas reluisant, nous le savons tous et toutes. Sous l’effet du chômage qui ronge la Guinée, le journalisme est devenu un point de chute pour un grand nombre de jeunes en quête d’emplois et les pratiques sont loin d’être catholiques.

Dans la sphère médiatique, les journalistes sont prêts et décidés à dénoncer la corruption et la mauvaise gouvernance. Mais rarement, ils ne disent ou n’étalent leurs difficiles conditions de vie et de travail. Ils préfèrent se résigner et d’en parler entre collègues au risque d’être licenciés. Conviés ceux-là même qui bâillonnent la liberté de la presse à des prétendues célébrations et qui savent les difficultés auxquelles vous êtes confrontés, parfois responsables sont révélateurs d’une accointance mortifère. Mais réellement, dites-moi, c’est quoi la valeur ajoutée.

Repenser les modèles économiques des médias : vers une transition maîtrisée

J’ai lu cet article où une agence de communication a offert une formation à des journalistes (et futurs journalistes). Un acte salutaire et à encourager. Pour moi, c’est le moment qui devrait être choisi pour repenser les modèles économiques des médias en République de Guinée et de se préparer pour la transition surtout numérique en cours.

Aujourd’hui, plusieurs médias fonctionnent sur le modèle de la publicité et cela est tout simplement suicidaire. Il est important de diversifier les sources de revenus tout en se penchant au modèle payant. Le système de Mediapart et d’autres pures players devrait inspirer les patrons de médias. Les célébrations pompeuses doivent laisser la place à la réflexion.

Des nouveaux acteurs émergent sur la scène : les journalistes citoyens 

Depuis un certain temps, nous assistons à la floraison de blogs personnels, participatifs et de forums de discussions sur les réseaux sociaux. Dans ces endroits où vous pouvez retrouver des sujets que les médias classiques esquivent dans leurs débats, l’arrivée massive des médias citoyens est aujourd’hui un véritable contre poids. Ils permettent un net rééquilibrage de l’info. Des simples citoyens, qui jadis récepteurs, ont décidé de prendre le pouvoir d’informer et contrebalancer certaines analyses téléguidées. Ce constat n’est pas propre qu’à la Guinée.

Nous devons continuer à promouvoir et à développer des médias citoyens participatifs, puissants et indépendants. Cela permettra sans doute d’avoir une tribune d’expression claire pas celle qu’on assiste où les superlatifs emportent.

Sally Bilaly Sow

 

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