Saches que le civisme n’est pas un fardeau

Crédit photo :http://lavieenclasse.eklablog.com

Lorsqu’un de tes droits, si minime qu’il soit, est violé, ta réaction est souvent accompagnée de cette affirmation: « Je suis citoyen guinéen! ». Tu t’en glorifies à chaque fois que l’occasion se présente. Il arrive même que pour le prouver, tu accompagnes cette parole par un brandissement de documents : passeport, carte d’identité nationale… Te contredire dans cette vérité pourrait mener à la troisième guerre mondiale ;-).

Mais très cher compatriote, la chose dont tu devrais te vanter n’est pas que le simple fait d’être un citoyen, mais d’en être le bon. Civique, c’est le mot qui devrait te qualifier. C’est ce qu’attend de toi la cité dont tu te réclames.

Par définition, le civisme est l’amour, l’attachement du citoyen à la cité (pays, patrie) de telle sorte qu’il assume ses devoirs avant de réclamer ses droits. C’est la priorité accordée par lui aux intérêts de la nation sur ses intérêts personnels.

Imaginons que cette qualité fût la condition d’obtention du statut de citoyen guinéen. Je pense que notre pays en compterait très peu aujourd’hui. Car le non-respect des lois et principes est devenu coutume chez nous. C’est comme une maladie héréditaire.

D’ailleurs le slogan : « Ici, c’est la Guinée! » illustre parfaitement cette réalité malheureuse. Contrairement aux fans du Paris Saint-Germain avec leur fameux « Ici, c’est Paris », le nôtre exprime la négativité. Pour dire qu’ici tout est permis, c’est la jungle.

Au moment où vous êtes en train de lire ces lignes, il se passe un peu partout dans le pays, des actes inciviques du plus haut degré. Ce n’est pas une fiction. Je vous donne mes cheveux à couper.

Commençons par Conakry, la capitale…

Sur l’autoroute Fidel Castro, des citoyens escaladent les barrières de sécurité pour traverser. Pourtant, il existe à ce niveau, des passerelles pour les piétons. Tout près, un taximan débarque des passagers au milieu de la voie sans aucune gêne. En réponse aux nombreux klaxons, il n’hésitera pas à sortir ceci : « Si tu es pressé, il faut sauter! »

Des citoyens traversent l’autoroute fidel Castro :

Non loin de là, des femmes ont transformé la route en marché. Gare à toi si par hasard, ton engin percute une de leurs tables. Les injures, elles en ont un dictionnaire.

Des femmes occupants une ruelle dans un marché de Conakry

Allons voir la situation à l’intérieur du pays plus précisément la ville de Labé que je connais pour y avoir vécu quatre années. Là, les motos constituent le principal moyen de déplacement. Des excès de vitesse aux emprunts de sens interdits, en passant par les surcharges. Telle est l’image de la circulation routière dans cette cité. Le port du casque de protection, pour eux, c’est une punition. Entre conducteurs et passagers, il est difficile de savoir lesquels sont mieux prudents.

Revenons dans notre capitale. À l’instant même, dans un quartier de Conakry des jeunes ont barricadé une voie publique pour jouer au football. Avec tous ces comportements, on continue quand-même à se plaindre des embouteillages, des accidents de circulation, de manque de routes… Réfléchissons une seconde au moins !

Au-delà de ces réalités susmentionnées, l’incivisme est présent à tous les niveaux de notre vie. Nous le vivons au quotidien. Les cas cités plus haut n’en sont qu’une goutte d’eau dans l’océan. Je poursuis donc ! On se plaint de l’obscurité, on réclame l’électricité. Certes, c’est un droit mais en même temps on laisse toutes nos ampoules allumées la journée et nos appareils alimentés même sans besoin.

La question de l’insalubrité est sur toutes les lèvres à Conakry. Mais soyons conscients que cette situation est en grande partie le résultat d’actes inciviques. À Hafia, mon quartier, il est fréquent de voir des douches/toilettes dont les canaux débouchent dans les rues. Les caniveaux, surtout en cette saison hivernale, sont transformés en poubelles.

Vous me demanderez peut-être ce que l’État fait dans tout ça. C’est justement la question qu’il faut éviter d’abord. Si l’on revient à la définition du civisme, on comprendrait par-là que le bon citoyen doit préalablement s’acquitter de ses devoirs avant toute revendication de droits. C’est ce que je voudrais que vous sachiez. Le respect des normes n’est pas un fardeau plutôt une faveur.

Le contrevenant de l’autoroute a comme argument d’éviter la distance pour gagner en temps. Or, n’importe quelle personne consciente aurait donné la priorité à sa vie et sa sécurité. Ne dit-on pas que « Mieux vaut tard que jamais »? Le taximan, quant à lui est l’une des premières victimes des embouteillages à Conakry. Cependant, s’il s’efforçait à respecter le code de la route, il en serait logiquement le premier bénéficiaire.

Continuez avec tout ce que vous connaissez comme acte civique, vous réaliserez que le résultat est plus avantageux pour l’auteur que le contraire.

Alhassane Bah


Cet article a été publié initialement sur https://mokobah.wordpress.com

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