Guinée : comment les universités fabriquent des potentiels chômeurs

L’université longtemps considérée comme le paradis du savoir manque fallacieusement d’armes pour assumer toute l’estime qui lui est attribuée. Étant l’un des principaux ressorts du développement d’un pays, car c’est en son sein que se passent les études supérieures, que se forment les futurs cadres du pays et pourquoi pas du monde ; elle est loin de répondre aux aspirations du peuple. En tout cas, dans le pays du Professeur Alpha Condé.

C’est vrai que le système éducatif de tous les pays du monde rencontre de nombreux trous noirs. Mais en Guinée, les trous sont d’une dimension bien particulière, et cela, faute à de nombreuses causes : certains étudiants qui y débarquent ont frauduleusement eu le BAC. Donc en bricolant çà et là. Tout en pensant qu’à la FAC, ils vont aussi bricoler.

Le travail, c’est vous qui devez le faire. Nous, on ne donne que les directives

Le système éducatif de l’enseignement supérieur Guinéen évolue sous les directives du LMD (licence-master-doctorat) communément appelé “Laisse-moi me débrouiller”. Un système excellent pour les pays dotés d’infrastructures et nuisible pour ceux qui sont en manque, comme le nôtre. Face aux étudiants, les enseignants augmentent le malaise à chaque fois qu’ils dispensent leurs cours. Ils n’ont d’arguments que : Le travail, c’est vous qui devez le faire. Nous, on ne donne que les directives à 20 %, le reste vous devez effectuer des recherches. Cliquez pour tweeter

Mais quel travail que ces étudiants paresseux qui ont perdu tout le sens du courage peuvent faire ? Quelles recherches ? L’accès à Internet n’étant pas à la portée de tous, et même s’il l’était, ils leur manquent énormément d’outils. Sans oublier la carence générale des bibliothèques par exemple à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Il y a bien sûr une bibliothèque mais antique dont la salle de lecture ne peut contenir plus de cent personnes et avec des livres qui datent du moyen-âge.

L’important pour le professeur, c’est son salaire et pour l’étudiant, sa moyenne

Ainsi, ces étudiants qui stagnent entre la trahison de l’état, de leurs professeurs et de leur propre conscience, se séparent avec tout projet d’avenir et n’ont pour d’autres soucis que de valider les matières. Peu importe, s’ils ont compris. Autrement dit : L’important pour le professeur, c’est son salaire et pour l’étudiant, sa moyenne. Nous voyons tous pourquoi, il y tant de chômeurs en Guinée. Ces diplômés des institutions d’enseignements public et privé ne sont rien d’autres que des ignorants prétentieux démunis de tout savoir.

Des universités dans lesquelles les étudiants n’ont cours que deux fois dans la semaine où on donne des diplômes à des ingénieurs qui n’ont jamais fait la pratique, à des chimistes qui ne savent même pas mesurer le PH et tant d’autres ignominies. Bien sûr, jusque-là, nous parlons des publics, mais on ne peut passer sans parler des privées.

« Des étudiants » ne disposant même pas d’une attestation de réussite au BAC dans une filière d’ingénierie

La situation est plus critique car (il n’existe presque) aucun critère pour y trouver sa place. La seule règle qui en vigueur, c’est la capacité de s’acquitter des frais de scolarité. Dans certaines universités privées, tu peux retrouver des « étudiants » ne disposant même pas d’une attestation de réussite au BAC dans une filière d’ingénierie. Cependant, elles disposent de laboratoires, de salles d’informatique et de bibliothèques. Seules les bibliothèques qui ne disposent pas d’assez de documents sont accessibles aux étudiants et elles sont toujours vides par manque de lecteurs. Les deux autres sont là que pour le marketing.

Dans les premières, les évaluations sont faites de telle sorte que tout le monde s’en sort avec la moyenne et dans les dernières, à partir de la licence 2 tout est mis en œuvre pour avoir le plus d’échecs. Les grandes universités disposant d’un corps enseignants compétent et les petites se contentent des assistants et de leurs meilleurs étudiants qui sont directement enrôlés après leurs études.

Les diplômes de certaines universités ne sont pas reconnus dans certains pays

Toujours est-il que les diplômes de certaines universités ne sont pas reconnus dans certains pays. L’État a abandonné sa responsabilité dans les études supérieures privées, il n’y a aucune (vraie) inspection. Bref, l’enseignement supérieur guinéen est infecté d’une maladie contagieuse et fatale pour le renouveau de notre cher pays.

Nous interpellons professeurs et étudiants de penser à l’avenir de notre nation en faisant du sérieux. Nous prions aussi le gouvernement de doter les universités d’infrastructures modernes afin qu’elles puissent sortir notre Guinée de ces ténèbres dans lesquelles, elle s’est longtemps affaissée.

Ibrahima Diallo

 

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