Djountou (Lelouma) : les derniers tristes instants d’une femme en grossesse

Aïssatou­­­*­­, la trentaine révolue,  était une combative femme. Elle vivait dans la sous-préfecture de Diountou, à vingt-cinq kilomètres  de Lélouma et à une quarantaine  de kilomètres du chef-lieu de la région administrative de Labé. Elle qui s’est battue contre toutes les difficultés de la grossesse se voit confrontée à une autre plus sérieuse : l’accouchement.

Cependant, triste a été son sort car, malgré toutes les armes de résistance qu’elle a utilisées pour que vive son enfant, elle rendit l’âme. Larmes aux yeux, sa famille a raconté la triste histoire au blogueur Abdoul Baldé qui s’est rendu en fin d’année dans la localité de Diountou, séparée de Labé par des routes incommodes et quasi impraticables surtout pendant l’hivernage. Le commerce y foisonne surtout les mercredis, jour du marché hebdomadaire.

Lors d’une enquête en gouvernance de la santé réalisée par la troupe Théâtrale du Centre d’Écoute de Conseils et d’Orientation pour Jeunes (CECOJE) de LABE en partenariat avec SEARCH FOR COMMON GROUND pour des fins de théâtre participatif dans la zone le 25 novembre 2018, je suis tombé sur une famille dont le deuil n’a pas encore quitté la maison. Une famille éplorée qui peinait  même à raconter le triste sort de leur fille.

Les médecins ne nous ont pas dit qu’ils ne peuvent pas la soigner

La vieille dame, débordante de larmes, sans doute du troisième âge, frappée par des douleurs rhumatismales qui l’empêchaient de se tenir debout m’aborde : « Elle était très mal en point, se souvient-elle. Nous nous sommes occupés d’elle à la maison jusqu’à l’approche de l’accouchement. Puis nous l’avons transportée au centre de santé.» sans terminer la narration, elle était en sanglot.

Une autre belle jeune femme de teint clair enchaine : « Nous l’avions envoyé au centre de santé où elle est restée pendant plusieurs jours. Sa souffrance ne faisait que s’agrandir. Le pire dans tout ça, renchérit-elle, les médecins ne nous ont pas dit qu’ils ne peuvent pas la soigner. Ils ne nous ont même pas référer à un hôpital. Nous nous étions donc décidés de l’envoyer à l’hôpital régional de Labé.»

A Labé, elle ne respirait plus et était déjà morte

Diountou, comme d’autres sous-préfectures de la Guinée, ne possède pas d’ambulance. Les voitures n’y viennent qu’à la veille du marché hebdomadaire. C’est-à-dire les mardis et repartent les mercredis. Nous étions un week-end. La famille ne pouvait pas attendre car Aïssatou était quasi agonisante. Il fallait trouver une solution urgente. Des enfants sont dépêchés en sentinelle sur la route Diountou-Labé.

L’un d’eux est tombé sur un camion russe communément appelé  Tarmaga vieux, dit-on, de la seconde guerre mondiale. « Nous l’avions embarqué dans ce camion, ajoute la dame. Arrivée à Labé, nous avons remarqué qu’elle ne respirait plus, elle était déjà morte, elle et le bébé. » Puis, la femme couvre son visage par un voile quelle portait pour sécher sa face larmoyante.

Aïssatou n’est pas la seule. Nombreuses sont ces femmes qui meurent lors de l’accouchement en République de Guinée soit 51,7 décès/1.000 naissances normales . Or, les femmes dans les zones rurales sont les plus grandes victimes, faute d’infrastructures sanitaires adéquates ou de kits sanitaires, de médicaments ou d’un personnel qualifié.

Aïssatou* Nom d’emprunt

                                                                         Abdoul Baldé

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