Guinée : les jeunes doivent-ils fêter l’indépendance ?

Bureau de vote lors du référendum pour la nouvelle Constitution du 28 septembre 1958 en Guinée, en 1958. (Photo by Dominique BERRETTY/Gamma-Rapho via Getty Images)

L’histoire est un éternel recommencement nous dit-on le plus souvent. La République de Guinée a connu plusieurs rebondissements voire des cascades au cours de son évolution politico-historique. De la colonisation à nos jours en passant par la REVOLUTION et les coups d’Etat, le pays baigne dans un océan de misère inextricable aussi ambigu que le commun des guinéens de tous azimuts s’interroge sur l’essence de la souffrance que traverse le pays sous l’ère de l’indépendance. De toutes ces années traversées, c’est la même racaille qui tire le peuple par le toupet et la principale victime de cette impasse reste et demeure la couche juvénile.

                                 Des septembres sombres

Les devins n’ont pas de place dans une quelconque analyse mais certains événements historiques méritent d’être scrupuleusement analysés. Je ne m’érige pas en historien mais voyons de plus clair : en septembre 1898, Samory Touré fut arrêté et déporté au Gabon, ce qui a marqué la fin de la résistance à la pénétration coloniale et le début de la colonisation. Ainsi « 60 ans » après, le 28 septembre 1958, la Guinée, disons-le toute la Guinée, avait voté NON au référendum proposé par le Général De Gaule et je ne vous apprends rien en vous disant que l’indépendance est obtenue le 02 Octobre 1958 ; ainsi le 28 septembre 2018, nous sommes encore à 60 ans d’indépendance.

Pour les chiffres disons 60×2=120 et 1+2+0=3, ce qui symbolise une nouvelle révolution car le drapeau national contient trois couleurs et la devise elle-même a trois composantes donc le comble des signes est arrivé. Encore mentionnons le massacre du 28 septembre 2009 et pourquoi pas la destitution du président de la cour constitutionnelle ce 28 septembre 2018.

Cette tournure de septembres sombres doit nous pousser à mûrir nos réflexions. Mais je ne vous laisserai pas gamberger là-dessus sinon d’aucuns mentionneront même les chiffres pairs. Revenons à la réalité.

Pendant ce temps…

Les jeunes fêtent l’indépendance ! Slogan qui résonne de tous azimuts dans la République comme s’ils (ces jeunes) décrochaient la lune pour une nouvelle Guinée pansée de toutes ses plaies. Mais fort malheureusement, derrière ce slogan se cache une toute autre réalité, celle de la dépendance car la majorité des jeunes qui fêtent l’indépendance vivent sans auspice aucun et sont sous la dépendance familiale.

Le chômage qui bat son plein chez la couche juvénile en dit long. Les jeunes fêtent l’indépendance ! Pendant ce temps le prix du carburant se stabilise à 10 000 à la  pompe et les quelques efforts des « Forces sociales » se sont soldés en coups d’épée dans l’eau. Les jeunes fêtent l’indépendance ! Pendant ce temps l’ouverture des classes est incertaine à cause de la guéguerre ou disons mieux du dialogue des sourds entre SLECG-GOUVERNEMENT et de certaines manifestations qui se profilent à l’horizon. Les jeunes fêtent l’indépendance !

Pendant ce temps, la vie constitutionnelle guinéenne est en phase d’être enterrée, la destitution du président de la cour constitutionnelle au vu et au su de tous les jeunes sans que personne ne soit inquiet ni ne fouine dans les placards pour comprendre le fonds du problème : c’est un problème comme les autres, dit-on, on prépare la fête.

Les jeunes fêtent l’indépendance ! Pendant ce temps la liberté d’expression est encagée, des journalistes sont poursuivis en justice à cause de leur métier et des activistes arrêtés sur aucune base. On préfère dénoncer à travers notre smartphone et ce, aucune rares sont les actions concrètes menées pour guérir le mal à la source. D’ailleurs, on n’a pas le temps, on  prépare la fête.

Les jeunes fêtent l’indépendance ! Pendant ce temps, l’extrémisme se cultive dans les têtes des uns les autres ; le repli identitaire se dessine de façon flagrante et la vie politique repose sur le régionalisme. Disons-le les leaders politiques actuels n’ont pas une décennie de course au pouvoir mais aucun jeune dans aucun parti politique n’est préparé pour la succession d’un quelconque leader. Les jeunes fêtent l’indépendance ! Quelle indépendance ? Politique ? Non je ne pense pas car de 1958 à nos jours la classe politique a complètement échoué, c’est la même racaille. Économique ? Je réponds par la négative du seul régime où les mille et une réformes économiques entreprises depuis la révolution ont abouti à paupériser le peuple.

Culturelle ? Pas du tout, nos artistes qui ont obtenu une renommée n’ont évolué qu’à l’extérieur du pays. Les talents meurent dans ce pays par faute de soutien car aucune compétition n’est organisée pour dénicher les nouveaux talents…

Si les jeunes devraient fêter une indépendance, ça devrait être celle de la délivrance face à l’actuel système, celle d’une nouvelle GUINEE qui met un bonnet rouge sur la classe politique actuelle qui a englouti le pays durant toute ses années dans la misère totale, celle d’une jeunesse consciente, constructive qui cherche à prendre les devants afin de rectifier le tir, changer la donne.

Abdoul Baldé

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