Jeunes de Guinée, prenez d’assaut les instances politiques !

Au premier rendez-vous des Guinéens avec les urnes après le régime Touré, j’avais neuf ans et trois ans plus tard pour les présidentielles, j’en avais 12, en 1998, j’étais au seuil de la majorité et pourtant la première fois que j’ai glissé un bulletin dans une urne remonte à 2010. C’était l’entre deux tours et les discours identitaires battaient leur plein entre les finalistes Alpha Condé et Cellou Dalein épaulés par leurs partisans respectifs dont la plupart sont de fieffer analphabètes.

Un départ plus que raté

La Guinée, se remettra-t-elle un jour ? Peut-être, peut-être pas, mais je sais simplement qu’aux premières élections multipartites, les Guinéens ont eu la malchance de compter dans la course au moins un natif de chacune des régions naturelles et les électeurs moulés dans la dictature PDGISTE ont vite cru que le principe démocratique signifiait voter pour celui qui porte le même nom, ou vient de la même région ou encore parle la même langue alors le repli identitaire en milieu politique est né.

Des jeunes censurés par la tradition

Il est un secret de polichinelle qu’en Afrique, femmes et jeunes ne prennent pas part aux discussions de quelque ordre qu’elles soient et depuis l’importation de la démocratie après le sommet de la Baule, cette  » dictature » a surgi de façon naturelle dans les rapports entre les citoyens et la politique. Cette propension à faire profil bas des jeunes est sûrement une explication au désintérêt qu’ils ont pour la politique pour ne pas utiliser le mot aversion.

Une jeunesse sacrifiée sur l’autel des politiques

Dans le vocabulaire des politiques, les jeunes n’existent que comme sujet à un quelconque calcul, une manipulation, un téléguidage qui les plonge dans une servilité aveugle, une dépendance à l’argent, une inféodation à la tribu, au clan, à l’origine. Malheureusement, ils se plaisent dans leur position de chair à canon, de  »grognards programmés » prêt à vociférer en échange de douteux billets de banque ou d’un sac de riz.

Ce vil et vilain rôle est une radioscopie de l’esprit des jeunes dont la seule expérience est celle du pillage, sans compter que leur bas niveau intellectuel ne leur permet pas d’exiger des hautes sphères politiques de leur parti une formation requise pouvant leur permettre de revendiquer une place au soleil en même temps qu’une conscience civique.

Une impérieuse nécessité de se former et de s’informer

Réunis en associations de soutien, en militants  »zélés » incapables de poser un jugement objectif quand il s’agit de leurs leaders en qui ils voient des messies, des hommes immaculés dépourvus de toute trace d’imperfection. La jeunesse des partis politiques est nourrie à la haine, aux propos identitaires et incendiaires, des jeunes nourris aux idées obscures et divisionnistes. Cette jeunesse faillit, chancelle parce que son savoir se limite à ce qu’on lui fait ingurgiter, jamais elle ne fournit  l’effort d’apprendre par elle-même et d’actualiser sa connaissance. A cela il faut rajouter que les jeunes fonctionnent aux rumeurs, les enjolivant pour mieux les propager, sans certitude aucune, juste dans le besoin de nuire.

Pourquoi il est vital que les jeunes s’approprient des partis politiques ?

Il n’est plus à démontrer que les partis politiques qui doivent être des moyens de pression pour faire agir l’État et non des instruments de sabotage ne savent presque plus à quoi ils servent. La plupart des cadres qui y militent sont des victimes collatérales de l’époque des complots, des dénonciations fortuites, des purges ethno sociales, aujourd’hui, ils ont du mal à se débarrasser des séquelles de cette douloureuse parenthèse historique.

Maintenant, les jeunes qui par chance n’ont pas vécu ces atrocités et qui ont la chance de vivre une ère numérique, ère qui est en train de révolutionner la pratique démocratique doivent oser, oser rêver de prendre part au combat plus en tant qu’instruments mais en tant que contributeurs, personnes ressources.

Le destin lumineux que les politiques ne manquent jamais de leur prédire, se construit et le meilleur cadre et le moment le mieux indiqué pour le faire, c’est maintenant. Au lieu d’opérer un formatage malhonnête aux jeunes militants de leurs partis, les politiques doivent penser à construire, une relève responsable capable de s’affirmer et de se prendre en main.

Ousmane Tkhillah Tounkara

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