En Guinée, une autre presse est possible

IMAGE, LE MONDE

En cette journée consacrée à la liberté de la presse, je voudrais jeter un pavé dans la mare de nos consciences pour que nous puissions appréhender d’un autre œil la presse en ce siècle où tout nous est favorable. Dans n’importe quel pays normal, la presse est un pouvoir qui vient équilibrer les rapports entre ceux que nous appelons les pouvoirs constitutionnels traditionnels.

Un punching-ball pour les puissances publiques

Dans le dur apprentissage de la démocratie, les médias payent le plus lourd tribut de la colère des clans au pouvoir. En quelques années, ils sont devenus les souffre-douleurs de quelques dictateurs tropicaux allergiques à la coloration normale de l’histoire. Journalistes incarcérés, tués, molestés, c’est encore le triste refrain qui monte dans les esprits. Les médias d’État ont désormais de la concurrence et ont le cul entre deux chaises, celle de fournir l’information vraie au risque de s’attirer la colère du prince ou celle autre de continuer sa mamaya mensongère.

Les promoteurs de médias : anges ou démons ?

Vu de l’extérieur, avec l’avènement des radios privées par exemple et autres sites d’informations, l’esprit citoyen acclame l’accès à l’emploi dont sont « impulseurs » ces responsables au détriment de l’essentiel. Les  »vrais » prédateurs de la liberté d’expression, ce sont eux promoteurs de presse.

Des rédactions qui tournent avec un seul enregistreur pour 20 personnes, des rédactions sans mobilier et sans matériel didactique. Des studios chauds comme l’enfer pour les radios, des salaires en deçà du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) [440 000 FG], des promotions farfelues qui ne tiennent compte ni du mérite, ni du niveau qui profitent seulement aux fieffés zélés, aux artistes des rapports mensongers et diffamatoires, les spécialistes des pirouettes et des courbettes. Dans ces médias, le chef ne souffre d’aucune contestation.

Pour clore le chapitre, il faut rajouter les recrutements fantaisistes ou pistonnés et le fait que les médias soient devenus une sorte de poubelle ou de cimetière qui happe l’ivraie intellectuelle.

Le journalisme alimentaire ou journalisme  »d’affaires »

L’occasion fait le larron, a-t-on coutume de dire. En ce sens bien d’hommes de la corporation se sont érigés en caïman pour engloutir l’argent sale qu’ils extorquent aux citoyens en conflit avec le droit chemin. Que de griots, d’escrocs, de chanteurs qui sont venus salir un métier autrefois noble. Ils sont mal payés tenteront de justifier certains, mais sont-ils obligés de faire que ce métier ? Et pensent-ils que l’argent est mieux que leur dignité ? Ces personnes de peu de scrupules qui osent appeler impudiquement leur  »forfait » journalisme d’affaires font partie des prédateurs de la liberté d’expression.

Réponse au chef de l’État

Le président a promis d’accéder aux sollicitations de la presse que si elle lui donne les causes du recul de la Guinée en matière de liberté de la presse. Ceci n’est pas la mer à boire, M. le président. Des causes je vais vous en citer. La liberté de la presse recule parce que les  »sbires » de l’État tirs à balles réelles sur les citoyens y compris des journalistes. Un agent peut gifler un journaliste ou impunément détruire son matériel de travail. M. le président, un de vos gouverneurs par excès de zèle a fermé une radio privée, au motif qu’elle a donné la parole à un syndicaliste en maille à partir avec votre gouvernement.

Au regard de tout ce qui précède, le 3 mai ne doit pas être un jour de fête, mais une plateforme de recueillement, d’introspection et de recommencement afin d’arracher le respect dû à la presse.

Mes mots vous écorcheront peut-être, j’en suis conscient, mais si vous l’êtes, excuser mon franc-parler, c’est juste ma contribution au débat commun. Je prie que par chaque acte citoyen et conscient que nous posons à l’avenir, la Guinée puisse s’imposer et se distinguer pour que plus jamais nous n’ayons à baisser la tête.

Ousmane Tkillah Tounkara

 

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