Édito: 8 mars en Guinée, faut-il en rire ou réfléchir à propos ?

CREDIT PHOTO : GOUV224

En ce jour du mars 2018 consacré aux droits des femmes, je voudrais associer ma joie et mes félicitations à toutes les femmes du monde. (Maman merci pour tous les sacrifices qui ont fait de moi un homme), sœurs, épouse et amies que Dieu vous gratifie du meilleur.

Mais pour autant, cette journée doit-elle être une succession de fastes ou devons-nous prendre la responsabilité de déballer le linge et de l’assainir en posant un débat sérieux sur la question du droit des femmes. Il est évident que les femmes, dans tous les pays et de tout le temps sont celles qui portent le poids du monde avec abnégation et courage. Il est autant évident que les hommes sont plus ou moins imperméables à les voir s’en sortir, les voir se libérer du joug des traditions et du diktat masculin.

8 mars, faut-il célébrer ou manifester ?

À l’heure où dans les hautes sphères de l’État on veut maquiller la conjoncture actuelle en initiant des mamayas stériles, occasion de ventiler le tissu choisi pour la célébration, les femmes souffrent et dans une révoltante omerta orchestrée par les plus hauts perchés de la pyramide sociale.

Les violences physiques, les séquestrations, les viols, les mariages précoces, les mariages forcés, l’isolation après un accouchement compliqué pour cause de fistule, le harcèlement sexuel dans la quête de l’emploi, l’infidélité que certains hommes leur imposent et dont les conséquences à long terme sont incalculables bref tout ce bordel au quotidien qu’elles sont obligées de gober alors qu’un atome de cette foutaise aurait fait sortir de ses gonds n’importe quel homme, moi en tête.

Le 8 mars concerne-t-il vraiment toutes les femmes ?

J’aurais aimé le croire, mais hélas, combien de femmes savent en vrai l’existence de cette date ? Des fonds sont certes votés et alloués aux femmes, mais dans quelles mains ? Quelles femmes reçoivent cet argent ?

Si célébration, il doit y avoir, existe-t-il de femmes méritant mieux d’avoir un instant de répit, une pause récréative, mieux que toutes ces femmes rurales dont le dos est permanement sous la morsure des intempéries, ces femmes marchandes debout avant le jour, les braves teinturières, ces enseignantes qui construisent l’avenir ou qui sont chargées de construire l’avenir ? Ces femmes qui élèvent au prix de leur vie des gosses qu’elles n’ont pas faites seules, ces femmes qui se prennent en charge en faisant le ménage dans des foyers ou dans des entreprises, qui méritent mieux que toutes ces femmes de la Guinée d’en bas d’avoir une pause positive ?

Les femmes des louves pour les femmes

À observer de près on, se pose la question de savoir si bien de choses seraient survenues si des femmes n’avaient pas joué le mauvais rôle. Les mariages précoces et forcés quand il y a une opposition , c’est toujours une femme d’expérience qui trouve l’argument pour convaincre, pour les mutilations génitales, c’est pareil, il y a toujours une voix féminine audible qui explique la ‘’nécessité sociale’’ de perpétuer l’acte.

Nous avons vécu des situations où des femmes sont impliquées dans des traquenards où d’autres femmes sont séquestrées, violées. Pour les sextapes qui inondent les réseaux sociaux, des femmes sont davantage impliquées dans la propagation des vidéos virales sans aucune compassion et ces fonds qui arrivent pour la célébration, c’est une poignée de femmes BCBG qui met la main dessus et l’histoire s’arrête là.

Le 8 mars devrait être un baromètre qui permet de mesurer les avancées enregistrées en terme de droits des femmes d’une part, mais aussi et surtout de faire le point sur le chemin parcouru par rapport à celui qu’il reste à parcourir.

En plein 21 ème siècle, les ‘’gardiens du temple’’ doivent comprendre que les femmes ne peuvent plus être des punching ball, elles ne peuvent non plus être traitées comme des objets et parfois même être assimilées à la masse successorale ne serait-ce qu’à cause des maladies vénériennes, les femmes doivent apprendre, comprendre et s’assumer, elles doivent lever le poing et savoir dire non aux velléités conservatrices négatives d’un autre âge.

Derrière les nations fortes, il y a des femmes pleines de vie et puisse Dieu faire des femmes en général et celles de Guinée en particulier les porteuses de ces victoires à venir. Femmes osez et réalisez vos rêves.

Bonne fête à toutes les femmes.

Ousmane Tkillah Tounkara

 

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