Ismaël Souaré : « Je n’ai pas eu la si minime chance de mettre un pied à l’école »

IMAGE : JEUNE AFRIQUE

Ismaël Souaré est un petit gamin âgé seulement de 11 ans. Né à Tougué dans une sous-préfecture située dans le sud de la commune urbaine. Il était 18h30, le crépuscule activait ses pas et le froid s’invitait, les cris des chiens déchiraient le silence au niveau de cet historique marché.  On pouvait voir des bandes entières de jeunes déambuler sur les trottoirs.

Garnements à l’abandon similaires à leurs frères d’infortune de partout à la seule différence que leur choix était le quai de la Sassée à Labé.  Ce soir, je quittais la librairie après avoir rallié le premier carrefour, je bifurquai par le siège de la BICIGUI.

Au niveau du quai, une odeur nauséabonde m’offrit ses bras mais mon mal aise n’était rien devant le spectacle qui s’offrait. Ce foyer à ciel ouvert d’enfants qui passent la nuit à la belle étoile, sur des cartons comme seul paillasson sans couverture et pour compléter le tableau dans cette puanteur qu’en temps normal seuls les rats auraient bravé.

Décidé de m’intéresser à eux et d’échanger, une conversation mes pas vers eux s’accélérant mes yeux se posèrent sur l’un d’eux.  Ismaël Souaré un enfant originaire de Tougué auquel je m’intéressai particulièrement le criblant de questions. Sans coup férir me raconta son histoire.

« Mon père a filé chercher sa bonne fortune alors que j’avais 5 mois. Depuis, point de nouvelles de lui. Je n’ai donc pas eu la si minime chance de mettre pied à l’école. À ce jour, ma mère est la cheville ouvrière de la famille et nous sommes 14 à vivre de ses soins. Voilà ce qui m’a poussé à prendre le large pour venir apprendre à voler de mes propres ailes. Ici, je n’ai personne sur qui compter et ma seule famille, ce sont ces garçons. Dès 5h 30 on est sur pied pour ne pas que les marchands nous surprennent sur leurs étals et nous profèrent des injures, nous accusent de vol ou nous bastonnent. Quand on travaille et qu’on gagne de l’argent, les jeunes viennent nuitamment nous déposséder de tout. Personnellement, le mois dernier, ils m’ont attaqué. Ils ont pris tout ce que j’avais sur moi. Parfois, quand on travaille pour d’autres, ils ne nous payent pas. On nous taxe d’être violents ou d’avoir des déficiences mentales.  Le froid nous empêche de dormir. Vu que je n’ai pas un métier que je peux pratiquer de façon ponctuelle, je loue mes services comme portefaix pour transporter des charges ou je mendie. Aux heures du repas, on cotise à trois ou quatre pour manger un plat commun. Ça fait trois mois que je n’ai pas de nouvelles de mes parents. Au moment où je vous parle, je ne me sens pas bien, le corps me fait mal et je n’ai pas de quoi me soigner. » Me confia-t-il.  Avant qu’il ne termine son récit mes larmes coulaient aussi.

Mamadou Bah

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